D'où nous vient-donc cette étrange et inéluctable manie de toujours quoi qu'il arrive voiler nos sentiments et conformer nos émotions afin de ne jamais franchir une ' limite ' qu'on ne saurait nommer  ? Voilà que mes maux redoublent à les tenir secrets, et je réalise non sans étonnement que finalement, le fait de livrer ce qui est profondément enfouit n'est absolument pas une question de confiance. Je me sens prise au piège dans l'impitoyable étaux de mes sentiments et sens revenir vers moi inexorablement ce néant qui m'emplit, sinistre invité en mon coeur violé, si bien connu tyran, si aimable douleur : l'amour refoulé.  Cette flamme qui grandit à être attisée, ces rêves qui ouffrent de n'avoir été brisés, emplissent de nouveau mon âme d'une trop grande peine qu'elle ne peut contenir, et je sens  sur mes joues couler les larmes que je veux retenir, preuve indéniable que mon mal  se veut être partagé. Mais à qui puis-je confier que le  triste assassin de ma candeur passée, le fatal poison de mes belles pensées , ce si cher ennemi, n'est autre que celui qui  fait naître en mon coeur cette fragile mélodie qui anime mes jours et rend si dures mes nuits , si ce n'est qu'à moi même, ou à un anonyme ? Il allume mon coeur d'une passion indicible et meurtrit mon âme d'un mal irrepressible. Si sa même vie me coûte son absence me tue. Mais mon esprit blessé ne n'avoir, une fois de plus, pu réprimer les indésirables élans de mon amour blessé, va devoir remplir une tâche bien pire, compenser en mon corps la maudite source de cet étrange désir, et palier au manque de mon moindre plaisir :  il est parti.


' Ma plus douce espérance est de perdre l'espoir. ' Corneille.